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From The Crypt To The Astrofloor : Rencontre avec Gildas Rioualen, fondateur d’Astropolis

2017, Laurent Garnier compose « From The Crypt To The Astrofloor » dans son dernier EP « Tribute ». La musique, à l’image du festival auquel elle rend hommage, commence par une simple note, un simple chapiteau, et gagne en puissance tout au long de sa durée pour culminer à l’Astrofloor dans une grandiose cacophonie de mélodies. Fondé par Gildas Rioualen et Matthieu Guerre-Berthelot en 1993, Astropolis est le battement de cœur breton qui réussit chaque année à fédérer une grande famille de musiciens hors norme dans la beauté du partage et du fabuleux!

Je me déplace vers Astropolis
Aspiré par l’évidence
Qu’après 23 ans d’existence organique
Son blase revêt d’une façon unique la peau lisse.

Jacques 

© Image à la une :Jeff Mills à l'Astropolis en 1996

Mxl: Pourquoi avoir créé le festival Astropolis ?

Nous avons rencontré la musique électronique en 1992 lors de la rave des Trans Musicales de Rennes. C’était un véritable électrochoc. Au départ nous étions plutôt une association pop rock, nous organisions des petits concerts. En comparaison cette musique paraissait venir de l’espace ! On en entendait parler sur les radios anglaises, à Berlin, à Chicago, à New York. C’est arrivé en France avec des petites soirées le weekend  rassemblant environ 1500 raveurs, et une sorte de militantisme: on cherchait la reconnaissance des musiques électroniques.

Les médias s’intéressaient à ce « fléau», et le classaient comme «faits divers» plutôt que dans les pages culturelles : « arrestations, drogues, public marginal ». Après la première édition on s’est retrouvés au tribunal pour tapage nocturne. On s’est remis en question : continuer à faire les cons sans avoir peur de l’avenir  ou prendre le chemin institutionnel ? Plutôt que de rester dans ce côté alternatif caché, on a frappé aux portes des mairies. On a fait de belles rencontres avec Laurent Garnier, Manu le Malin avec qui on partageait tous le même discours qui était de se battre pour la reconnaissance de ces musiques. La première Techno Parade rassemblait toutes les associations de Province et tous les organisateurs de France. Aujourd’hui on essaie de préserver cet état d’esprit initial et faire que cette musique standardisée et acquise, ne soit pas récupérée par un business assez similaire que dans l’histoire du rock.

© Sourdoreille : Manu le Malin et Laurent Garnier dans la cuisine de Keriolet

Quel rôle le festival a-t-il joué dans le développement de la culture techno en France?

Il y a un énorme réseau, on a apporté notre pierre à l’édifice : une motivation, une ouverture d’esprit, de la confiance. On ne s’est jamais trop pris au sérieux. On est loin de l’ampleur des Nuits Sonores ou de la Weather, même si on est les plus anciens. On a une identité forte qu’on essaie de préserver en rassemblant toutes les musiques électroniques (en allant de la Techno au Hardcore en passant par la House et la Drum’n’bass).

Le festival n’a pas toujours eu le soutien de l’état ou des forces de l’ordre, quelle est aujourd’hui la position des institutions et de la législation par rapport à ce genre de rassemblement ?

Aujourd’hui encore ce n’est pas toujours acquis, il faut prouver ses compétences, montrer qu’on veut évoluer, il ne faut jamais se poser : c’est une musique qui évolue constamment par ses technologies. Malgré les répressions on a réussi à se maintenir et à se développer dans le Château de Keriolet pour accueillir plusieurs scènes. Ça a toujours été un bras de fer.  Actuellement, c’est plus facile,  on a appris à s’accorder avec la ville. Nos interlocuteurs sont plutôt dans la tranche générationnelle 40 – 50 ans, on a donc le même âge. On arrive à discuter, ils savent de quoi ils parlent, il y a du débat aux vues des nombreux nouveaux événements, de la transparence mais aussi des discours francs et directs avec les institutionnels. C’est plus sain que de se cacher.

© Gildas Rioualen & Sonic Crew en  1997 à l'Astropolis

Quel était le dialogue y avait –il quand tu avais 20 ans, que tu étais trois fois plus jeune que tes interlocuteurs qui avaient la soixantaine ?

 

C’était un choc générationnel, on ne parlait pas le même langage. On a eu la chance de tomber sur un producteur qui s’occupait de Noir Désir et qui était plus crédible que nous. On l’envoyait au front devant les mairies. C’était compliqué d’avoir de la crédibilité. Aujourd’hui, ils savent tous ce que c’est une soirée électronique, ils y ont tous mis les pieds.

Je me souviens qu’un gendarme m’avait demandé une fois s’il pouvait aller à l’Astrofloor pour danser. Il y en a certains qui aiment aussi les musiques électroniques et qui veulent danser durant leurs pauses. Mais après minuit, je préfère quand même les retrouver au PC Sécu.

Quelle leçon de vie as-tu tiré de ton expérience en tant que fondateur et organisateur du festival ?

Vivement la prochaine culture ! J’espère qu’on va prendre un truc en pleine face bientôt. C’est tellement excitant d’avoir à lancer une nouvelle culture, d’avoir des bras de fers avec des gens qui n’y croient pas, de construire une toute nouvelle énergie. C’est vraiment un électrochoc et une excitation que je ne regrette absolument pas et j’espère voir un mouvement aussi révolutionnaire bientôt !

© Modeselektor à l'Astropolis en 2012

Que penses-tu de l’énergie aujourd’hui qui parcourt la France et qui recherche une musique de plus en plus pointue ?

On a la chance en France d’avoir pleins de jeunes collectifs, de nouvelles énergies, à l’inverse de certains pays qui construisent des systèmes de machines à fric. On est assez exemplaire, il y a beaucoup de créativité, une scène innovante et très riche quel que soit le style. On n’a plus rien à envier aux allemands ou aux américains. De plus en plus de festivals naissent : Made à Rennes, Paco Tyson à Nantes etc. Leurs créateurs sont des passionnés qui se lancent et qui travaillent avec d’autres associations fédérant les énergies, ça fait plaisir.

Un souvenir marquant ?

Un ressenti je dirais. En 2002, on avait eu un arrêté municipal trois semaines avant le festival : le maire a interdit le festival. On s’est retrouvé au tribunal administratif de Rennes, c’était un bordel médiatique, toutes les salles de concerts, la scène rock nous ont soutenu, même les free parties qui nous en voulaient d’être payant. Et on a gagné. En 15 jours, on a dû réorganiser tout le festival, on s‘est retrouvés avec trois fois moins de matériels, de chapiteau, de barrières. Le closing avec Laurent Garnier était un moment magique, avec toute la retombée nerveuse, je ressentais une énergie exceptionnelle des festivaliers, une électricité dans l’air, un soutien, comme l’osmose qui se créée entre le DJ et le public, cette communion presque voyou que le gourou crée, ce qui donne la niaque pour rebondir l’année d’après !

A Lyon, on aime beaucoup Laurent Garnier, tout comme en Bretagne où il est adoré. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur sa relation avec la Bretagne ?

Avec Brest, c’est une longue histoire ! On l’a accueilli pour la première fois en 1993 dans un club rock, très underground, le Mélody à Guipavas. Une véritable rencontre humaine, il est simple, humble, passionné, on peut avoir le même discours, c’est un bon porte-parole et musicalement c’est un maestro ! Il sait retourner un dancefloor à chaque fois avec une ouverture musicale hors norme. Il nous a toujours soutenu et a toujours été là dans les coups durs, nous rappelant qu’il ne faut jamais baisser les bras. Ça nous a toujours enrichis et permis d’aller de l’avant. Notre relation reste intacte malgré les années.

Son EP Tribute avec le titre From Crypt to the Astrofloor est un geste touchant. J’ai eu des frissons en l’écoutant. Un signe de reconnaissance magnifique. Quelle façon d’immortaliser toutes ces années et la relation qu’il y a entre nous ! Il y a peu d’artistes aujourd’hui pour les quels je suis comme un gamin, et il en fait partie.

Quel sera d’après toi le temps fort de l’édition 2017 ? 

L’énergie du public : « N’oubliez pas, la fête dépend aussi de vous ! » Cette petite phrase qu’on a adopté dès la première édition du festival est toujours celle qu’on revendique ! Pour ce qui est des artistes, je suis impatient de voir Ben Frost et Floating Points.

Que penses-tu de Lyon ?

La ville était très compliquée en terme de scène électronique dans les années 90. Patrice Moore, Vincent Carry ont fait quelque chose d’assez incroyable avec les Nuits Sonores. Ils ont redonné cette dynamique à la ville qui, aujourd’hui, est si riche musicalement et culmine de tous ses collectifs et associations.

Quand tu n’es pas en Bretagne qu’est-ce qui te manque le plus ?

La mer : cette ouverture sur ce grand espace, sur l’horizon, le fait de sentir qu’elle est là m’équilibre énormément.

Pourquoi faut-il découvrir Astropolis ?

L’énergie de fête de Brest est différente de Lyon, plus rustique, c’est à découvrir, il faut aller à la recherche de nouvelles expériences ! Il y a aussi du soleil en Bretagne, tu peux aller à la plage, déguster des fruits de mers, faire la fête dans un manoir et son parc, voir des expositions, rencontrer des collectifs. Le festival dure 3 jours et occupe la ville un peu comme les Nuits Sonores. Il se passe beaucoup de choses depuis 10 ans, Brest sort de ses cendres et s’embelli aujourd’hui de plus en plus.

Si tu devais emporter 3 tracks sur une île déserte ?

  • Pour me détendre : Bords Of Canada
  • De la Pop chanson française : Dominique A
  • Le mix du petit matin : Michael Mayer

 


Jennifer Pariente

Rédactrice Make x France
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