Make x Rencontre | Jeff Mills : dernières nouvelles du cosmos
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ITW : Jeff Mills : dernières nouvelles du cosmos

Les 29 et 30 mars derniers, c’est devant un auditorium qui affichait complet depuis déjà plusieurs semaines que Jeff Mills a présenté son projet symphonique Planets accompagné par l’Orchestre National de Lyon. En réinventant une symphonie composée il y a tout juste 100 ans par Gustav Holst, Jeff Mills a offert aux public de l’auditorium un véritable voyage astral à travers le système solaire. Le soliste atypique (qui a du mal à digérer l’éjection de Pluton du cercle très fermé des planètes du système solaire) explore tour à tour chaque planète, de Mercure à Pluton et présente via sa propre grille de lecture, une retranscription sonore de leurs caractéristiques physiques. Un concert exceptionnel et un véritable retour à la musique comme état de matière pur.


A l’occasion de cet événement très attendu, nous avons rencontré le magicien de Detroit pour parler de sa vision de l’univers et de sa soif intarissable de création.

Make x Lyon : Pour commencer, nous allons parler de votre nouveau projet Planets. Au début du 20ème siècle  Gustav Holst s’est affairé à traduire en musique les caractéristiques mythologiques associées aux planètes du système solaire. 100 ans plus tard, vous vous appuyez sur les progrès de la science pour nous offrir cette nouvelle version de « Planets ». Comment vous y prenez-vous pour traduire les planètes en son, pour communiquer à travers la musique ? 

Jeff Mills : Tout d’abord, il y a une différence majeure entre le travail de Holst et le mien qui est qu’en 1918 , Holst n’a travaillé que sur les 6 planètes alors connues. Au début du siècle, les scientifiques avaient encore très peu de connaissances sur les caractéristiques physiques du système solaire et Holst s’est appuyé sur la mythologie grecque et romaine, auxquelles il a ajouté des éléments religieux et de la spiritualité.

J’ai bien sûr été profondément inspiré par son travail, mais 100 ans après l’écriture de sa symphonie,  les agences spatiales ont collectées tellement d’informations sur le système solaire qu’il m’a paru essentiel de produire une œuvre qui s’appuie sur ces données scientifiques. A partir de là, j’ai au besoin de créer une sorte de langage  pour communiquer les caractéristiques physiques de chaque planètes, comme sa masse, sa densité, sa matière , sa vitesse de rotation […]… Plein d’éléments que j’ai essayé de traduire dans un langage compréhensible à base de sons, de notes, de textures. C’est un travail que j’ai commencé en 2005. Au-delà d’une simple composition musicale, j’ai eu ce besoin d’expliquer aux gens ma vision du monde afin qu’eux aussi puisse la comprendre.

Vous créez un nouveau langage en quelque sorte…

Disons que je crée quelque chose qui a une logique interne et qu’il est possible d’expliquer à quelqu’un.  Je n’énonce pas une vérité, mais plutôt je mets en forme de phénomènes inexpliqués et inexplorés… c’est un peu de la science-fiction.

Vous semblez avoir une vraie passion pour l’astronomie. Ce n’est pas si commun.

C’est un intérêt personnel pour l’astronomie. Mais vous savez, à partir du moment où on s’aventure du côté de la musique conceptuelle et expérimentale, on peut probablement prendre n’importe quel sujet et faire des recherches dessus et en extraire les éléments clés et les mettre en son…

Planets est une symphonie, elle est faite pour être jouée avec un orchestre.  Pourquoi cette volonté de mélanger musique électronique et musique classique ?

Tout d’abord, c’est corollaire à l’époque dans laquelle on vit. En 2017, même les hommes se mélangent plus et l’idée que 1+1=4 est de plus en plus communément admise et cette dynamique ne va faire que s’accentuer dans les décennies à venir.  Et puis, c’est aussi à cause de l’immensité du sujet que j’ai choisit de traiter. Je n’aurais jamais pu le faire en utilisant un seul genre de musique, peut être même que j’aurais dû en utiliser plus que 2, peut-être même 9 comme il y a 9 planètes !  Dans tous les cas, ce mélange de sons crée quelque chose de nouveau qui me semblait nécessaire pour refléter ma nouvelle perspective de l’univers.

 

S’il y a un moment propice à l’expérimentation, c’est bien maintenant

 

Allez-vous continuer dans cette dimension exploratoire et continuer à travailler en collaboration avec des orchestre symphoniques ?

Je travaille sur un nouveau projet pour l’année prochaine. Tant que je peux utiliser la musique et la transformer pour créer quelque chose de nouveau, je vais continuer. Encore une fois, je pense que c’est lié à l’époque dans laquelle on vit. S’il y a un moment propice à l’expérimentation, c’est bien maintenant. Nous sommes au début du siècles et les fondations ont été posées, décennies après décennies pour créer quelque chose de nouveau.  Nous n’avons pas besoin de nous tourner avec regrets vers les années 80 et 90. Même en ce qui concerne la musique électronique, nous avons tellement avancé et tellement progressé que l’on peut se permettre de passer à des choses nouvelles, explorer de nouvelles choses.

Est-ce que ça veut dire que vous allez encore faire danser les gens ou c’est fini ?

[rires] Oh non, je n’ai pas fini de faire danser les gens.

Cependant, vous portez deux casquettes, à la fois la figure de la techno qui fait danser les gens et le magicien des sons qui travaille de plus en plus avec des orchestres ces dernières années.  Comment articulez-vous ces deux facettes ?

J’apprécie tout autant ces deux casquettes. Et puis, chaque chose que je fais inspire la suivante. Planets inspire la musique que je compose actuellement pour un ballet de Buto japonais [insérer lien vers ce qu’est le buto] à 9 danseurs et ou chaque danseur transfigure une planète. C’est assez expérimental. Il y a des chances aussi que je réutilise les parties les plus sombres de “ Planets” dans l’optique d’en faire quelque chose de plus techno….

Les trailers de ¨Planets se présentent comme des clins d’œil aux premiers films de science-fiction en noir et blanc des années 30 qu’affectionnent particulièrement Jeff Mills.

Votre biographie vous présente comme un grand amateur de sciences, mais aussi de science-fiction. Vous avez déjà réalisé des nouvelles bandes sons pour des anciens films en noir et blanc, notamment  pour les premiers films de sciences fiction (Le voyage dans la Lune de Méliès et La femme sur la Lune de Fritz Lang). Est-ce que vous aimeriez un jour composer la musique d’un nouveau film de science-fiction ?

Oui, cela me plairait. C’est un objectif attrayant mais ce n’est pas mon objectif principe. Je pense que la musique électronique peut décrire certaines choses mieux que tout autre genre musical car ses possibilités sont infinies. […]  Avec la musique électronique, il est possible de créer toute sorte de nouveaux sons et cela ouvre le champ des futurs pour les années à venir. Même ma musique classique à ses limites.

Vous dites que la musique électronique n’a pas de limites mais qu’en est -il de vos limites à vous ? Vous menez de front tellement de projets différents qu’il semble que vous n’allez jamais vous arrêter de créer et d’expérimenter.

Hum…le fait est que je ne compose pas de la musique pour un quelconque patron, j’ai n’ai personne sur mon dos pour me dire ce que je devrais faire. Et c’est ainsi que peuvent entrer en jeu mes rêves et mes fantasmagories.  Par exemple, je lis de la science-fiction parce-que ça me permet d’imaginer des choses incroyables. Une des raisons qui font du compositeur une personne unique c’est ce cercle vertueux qui fait que le meilleur vous devenez, les meilleures chances vous avez de traduire vos idées en musique.  Certains n’y arrivent pas, mais si vous y arrivez, si vous arrivez à vous saisir de quelque chose d’extraordinaire, d’immense et de vous l’approprier avec les bonnes notes et les bons sons, cela veut dire que vous avez trouvés votre voie et qu’il y a de fortes chances que vous resterez sur les rails pendant un long moment. Ma perception du temps est assez différente de celle de la plupart des gens et je n’ai aucun problème à continuer à faire de la musique.

Planets, l’album à découvrir le 7 avril sur Axis Records

Pour le plaisir, on réécoute Late Nights de Jeff Mills

 


Cynthia Torosjan

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