Daniel Avery Day 2 Nuits Sonores
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Nuits Sonores x Daniel Avery : interview à la croisée des destinées !

Make x France a eu la chance d’échanger quelques mots avec le prodige anglais, Daniel Avery, frère de sang du festival des Nuits Sonores qui le fait venir pour la cinquième année consécutive. Extrait de cet entretien privilégié avec le cerveau de Drone Logic et le fier auteur d’un nouvel album Song For Alpha, paru en avril 2018.

© Brice Robert

Nuits Sonores Day 2

© Brice Robert Photographe


Le son commence tout juste à résonner dans la sucrière lorsqu’à quelques encablures du lieu sacré des journées des Nuits Sonores, Daniel Avery, la chevelure étincelante, enchaîne patiemment les interviews et répond aux sollicitations nombreuses d’une ville qui n’a d’yeux que pour lui en ce jeudi 10 mai. Malgré sa posture de dandy anglais, sobre et raffinée, on sent l’impatience et l’exaltation de partager une si belle line up, qui plus est, avec amis et public lyonnais passionné. Après les courbettes d’usage devant tel monument, l’interview peut commencer.

Est-ce que vous vous considérez comme un producteur ou comme un dj?

Cette question revient beaucoup ces derniers temps en effet. Adolescent, mes premiers pas dans la musique se sont faits dans ma chambre, alors même que je ne savais même pas ce qu’était un dj. Ensuite, mixer a pris une place beaucoup plus importante dans ma vie et j’ai délaissé quelque peu la production. Désormais, je dirais que les deux choses sont connectées mais plus le temps avance et plus je me sens bien en studio et j’apprécie ce travail.

Daniel Avery Song For Alpha

Song For Alpha de Daniel Avery, sorti en avril 2018 sur Phantasy

Le 6 avril 2018 est le jour de la confirmation pour Daniel Avery. Cette date correspond à la sortie de son second album Song For Alpha, un second album tout en couleurs et nuances, parfois sombre, froid et industriel, parfois mélodique, psychédélique et enchanteur. Comme un prolongement de son premier album, celui-ci correspond à la maturité d’un artiste réussissant parfaitement à alterner les styles, les rythmes ainsi que les émotions. Oscillant, tel un funambule, entre ambient et techno, Daniel Avery crée les contours d’un monde parallèle et introspectif, plongeant le public dans un tourbillon de couleurs et d’émotions!

Cet album donne l’impression que l’on entre dans un monde merveilleux et fantasmagorique, que cherchez-vous à créer dans la tête de celui qui vous écoute?

La principale idée derrière ma musique est de permettre au public d’échapper à la réalité. J’essaie de créer un autre monde dans lequel on peut se plonger aussi simplement qu’en écoutant une musique. Le rêve permet de rendre les plus choses plus belles ou plus grandes qu’elles ne le sont réellement. J’adore le sentiment de se perdre dans un rêve, c’est ce sentiment de déconnexion du monde réel qui guide mes productions.

Je veux pouvoir créer un espace pour le public où il peut laisser libre court à son imagination, ne pas lui imposer ma propre histoire mais plutôt lui montrer la voie que j’ai suivie. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire un album et non un EP de seulement 4 musiques. Un album demande de la patience. Je commence à créer une musique, puis je l’écoute. Mais il faut du temps avant de complètement m’intégrer dans ce nouveau monde que je crée. Je cherche alors de nouvelles choses sur moi-même, à travers ce nouveau prisme. Je me questionne, je questionne mon travail sans cesse, le construisant petit à petit, avec patience, pierre par pierre, sans rien hâter. Cette patience se retrouve aussi dans le travail d’écoute du public. En effet, on peut tous retrouver cela dans nos films, albums ou livres préférés. Ils font partie, après un certain temps, de nos vies. Mais pour cela, il faut leur donner du temps, les réécouter, les revoir, les relire plusieurs fois pour les comprendre. C’est ce que je veux lorsqu’on écoute cet album, qu’on lui donne du temps, qu’on vive avec. A l’heure du numérique et de l’internet, j’ai l’impression que le monde de la musique électronique est très, (trop?) dans l’instantané, dans le consommable et le jetable. Je ne veux pas cela. Cet album porte haut l’étendard de la patience dans l’art.

Stereo L, le versant lumière de Daniel Avery

A l’instar des deux faces d’une même pièce, Daniel Avery nous présente les deux facettes d’une même personnalité. Schizophrène de la musique, il apparait parfois comme le froid créateur d’une techno sombre et millimétrée, ou plutôt l’excentrique génie derrière les inspirations futuristes et la folie des lignes de basse acide ou bien encore le doux rêveur mélancolique, auteur de mélodies chatoyantes et autres douceurs colorées.

On a l’impression en écoutant votre album, que vous alternez délibérément les mélodies et les atmosphères plus sombres et électriques, pourquoi ce choix?

J’adore le monde de la techno, toutes ces sonorités sombres et industrielles qui font partie de mon répertoire depuis toujours. Mais, ce n’est que le recto de qui je suis réellement. L’idée est donc de montrer ma réalité plus sombre, tout en permettant au public de voir une lumière, un espoir auquel se raccrocher. Lorsque j’ai commencé à réfléchir à cet album, une phrase m’est venue, laquelle j’ai mise sur papier parce qu’elle allait me guider dans le processus de production : « une lumière émergeant de l’obscurité » (« light emerging from darkness »). C’est devenu le leitmotiv de cet album.

La dualité entre la lumière et l’obscurité s’accompagne aussi d’une opposition entre le bruit et le silence. C’est une dualité que je retrouve chaque semaine entre l’énergie et la puissance des nuits passées à jouer dans les clubs, et ces autres moments, où je peux m’arrêter, respirer, prendre le temps de réfléchir sur ma place dans le monde, sur ma musique.

Diminuendo, la face plus sombre de l'album avec des visuels psychédéliques

Comment imaginer un tel album, une telle immersion, sans un jeu sur les images. Là encore, la surprise est totale tant la correspondance entre les clips visuels et chacune des musiques de l’album est frappante. Plongez dans un monde futuriste et binaire, fait d’ondes et de pixels, fortement déconseillé aux épileptiques et rationnels, et autres adeptes des pieds sur terre.

Comment expliquer cet intérêt particulier, dans votre dernier album, pour les visuels et les images?

L’idée de mettre des clips et des images pour chaque musique de l’album est apparue tardivement dans le processus de création. J’ai rencontré une équipe spécialisée dans l’image (ndlr Flat-e) pour qu’ils réalisent de petits clips pour youtube à partir d’images simples et de formes géométriques. Puis, de la simple rencontre est née une symbiose, on a senti une connexion, on partageait les mêmes références et nous nous sommes très simplement accordés. Le projet des clips vidéo a alors pris toute son importance avec le résultat qu’on lui connait et dont je suis très fier. Je ne cherchais pas une histoire à raconter mais je voulais plutôt créer un monde immersif pour le public, avec un côté psychédélique pour que l’expérience offerte par l’album en soit renforcée et dynamisée.

NS 2016 - Closing Party Daniel Avery

Closing Party des Nuits Sonores 2016 au Sucre avec Laurent Garnier et DJ Harvey

Lui-même l’avoue très volontiers, il a probablement joué plus souvent en France que dans son pays natal l’Angleterre. Cette relation d’amour très forte avec le public français se confirme, voire se démultiplie avec le public lyonnais. En effet, l’histoire d’amour a commencé avant même la sortie de son premier album Drone Logic, Daniel Avery est encore inconnu du grand public et pourtant, les Nuits Sonores décide de miser sur ce jeune talent d’Outre Manche. Deux albums plus tard, on peut dire que le pari est réussi puisque Daniel compte près de cinq apparitions consécutives aux platines du festival, dont une closing avec Laurent Garnier ainsi qu’une journée entière qui lui est consacrée cette année.

Que ressentez-vous à l’idée de revenir une cinquième fois pour le festival Nuits Sonores avec cette année, une journée entière qui vous est réservée?

Je suis très fier. C’est ma cinquième année d’affilée que je viens jouer ici. Depuis la sortie de Drone Logic (ndlr : son premier album) en 2013, je suis venu chaque année aux Nuits Sonores. J’ai l’impression d’avoir grandi ici et d’être en famille. Cette année, c’est comme si tous les éléments étaient réunis, puisque j’ai pu rassembler autour de moi des artistes qui sont mes amis, d’autres que je voulais découvrir et enfin certains que je veux faire découvrir. Et ils ont tous répondu oui à mon invitation (rires).

Day 2 Nuits Sonores Daniel Avery et Helena Hauff

Passage de flambeau entre Daniel Avery et Helena Hauff dans la salle 1930
© Brice Robert Photographe

Cette journée sera placée sous le signe de la diversité des genres et des rythmes. Dans la salle 1930 de la sucrière, le ton sera donné par DJ Nobu et sa techno aérienne tout en subtiles variations. Puis, viendra le curateur, Daniel Avery, qui distillera quelques unes des parties de son nouvel album pour finir avec la techno agressive, « breakée » aux odeurs d’electro d’Helena Hauff. Dehors, la prometteuse anglaise HAAi lancera les hostilités, avant que Dr. Rubinstein, la berlinoise d’adoption, ne retourne littéralement la scène, préparant parfaitement le grand final concocté par les deux ovnis Objekt et Call Super. Au sucre, on notera la performance technique et mentale de Lanark Artefax. Une journée réussie donc, à l’image de son curateur, surprenante, avant-gardiste et diversifiée.

Qu’est-ce que représente les Nuits Sonores pour vous?

Le public, le temps, souvent clément, font partie de l’âme du festival. J’ai toujours senti de l’amour flotter dans l’air et accompagner ma musique. J’ai remarqué également une certaine ouverture, qu’on ne retrouve pas partout. J’ai eu de nombreuses histoires avec les Nuits Sonores mais celle qui restera gravée dans ma mémoire est la closing party au Sucre avec Laurent Garnier en 2016. A la fin de ma prestation, j’ai marché 5 minutes avec un ami et nous sommes tombés sur le concert live de Mogwai dans une ancienne et magnifique warehouse (ndlr : l’Ancien Marché de Gros, l’antre passée du festival). C’était très beau de voir toutes ces musiques cohabiter, réunies le temps du festival, unies par ce lien d’amour que cherche à créer le festival. C’est ce que j’aime ici, cet amour de la musique qui pousse à soutenir les talents locaux et nationaux, à pousser ces artistes jeunes mais qui n’ont pas encore confirmé sur la scène internationale. La première fois que je suis venu, Drone Logic n’était même pas encore sorti mais ils ont pris le pari et désormais, je me sens lié aux Nuits Sonores parce que j’ai l’impression qu’on a véritablement grandi l’un avec l’autre.

En quelques mots, nous ne pouvons que vous inviter à aller rapidement découvrir ce nouvel album Song For Alpha de Daniel Avery. Le talent pressenti dans le premier album est confirmé, la maturité et l’expérience en plus. Plus qu’un dj faisant danser les foules, il propose une musique intellectuelle, pensée pour le voyage intérieur comme pour la découverte d’un monde parallèle et futuriste. Le fruit d’un travail abouti, réfléchi dans les moindres détails et réalisé avec la patience des artistes dont les sorties sont rares. Un talent qui a grandi avec les Nuits Sonores et qui se retrouve cette année récompensée par une journée entière qui lui est consacrée.

Days From Now, la partie ambient et colorée de Song For Alpha

Léo Paget-Blanc

Rédacteur Make x France
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