interviews  /   / 

Il est impossible de dire « Je n’aime pas le Jazz », le Jazz est partout !

Voilà que les beaux jours reviennent, tout comme les milles-et-unes affiches de  Jazz à Vienne qui ponctuent les rues de Lyon. Pendant deux semaines en Juillet, la ville de Vienne va respirer le Jazz le plus pointu ! Comment ne pas être intrigué par cette programmation qui affiche autant de grands noms, dans autant de styles différents ? Benjamin Tanguy, coordinateur artistique de Jazz à Vienne en plein marathon de conférences, nous accorde un petit moment pour parler du Festival.

Image à la Une : Herbie Hancock

Make x Lyon : Le festival a pour titre Jazz à Vienne, et pourtant tous les styles sont présents : Soul, Hip-Hop, Funk, Blues, Musique Cubaine ….

Benjamin Tanguy : C’est un festival de Jazz avant tout, Jazz à Vienne s’est construit grâce à cette musique-là. Mais dès le début, ce festival s’est ouvert à d’autres styles de musique. Par exemple l’année 0 de Jazz à Vienne était en fait une soirée Blues. La première vraie édition dans le Théâtre Antique consistait en 3 soirées, dont une dédiée au blues : dès le début le Blues est présent à Jazz à Vienne. Sur les années suivantes il y a eu beaucoup d’évolution, l’arrivée de la musique Africaine, Brésilienne, Cubaine dans la programmation. C’est un festival qui a toujours été très ouvert musicalement, avec comme base le Jazz, car c’est l’essence même de cet évènement qui a été créé par des passionnés…

Benjamin Tanguy © brieucphoto

…La programmation de cette 37eme édition reflète l’histoire de Jazz à Vienne, tout ce qui a été développé pendant toutes ces années-là, en continuant à mélanger les styles. C’est notre réussite: rester un festival de Jazz, tout en allant chercher d’autres styles de musique qui prennent racine dans le Jazz, mais qui n’en sont pas obligatoirement. Exemple du 2 juillet avec l’hommage à Fela Kuti : l’Afrobeat n’est pas du Jazz, mais en le décortiquant, on découvre que c’est un mélange de Jazz, de Funk, et de Musique Africaine.

Fela Kuti

N’y a-t-il pas un risque de perdre l’importance du mot Jazz dans le nom du festival, comme c’est le cas pour Rock en Seine, Eurockéene, Garorock, qui étaient des festivals de Rock originellement ?

Jazz à Vienne va rester un festival de Jazz, c’est sûr, on veut se battre pour le Jazz. Pour la soirée Funk par exemple avec l’artiste Larry Graham, le thème sera Prince, qui est autant adoré par les Jazzmen que par les fans de Pop. Dans ce projet il y a aussi Jeanne Added qui est plutôt une chanteuse de Jazz à la base avec un projet Pop à côté. Jazz à Vienne a toujours été très exigeant sur sa programmation, et continue à l’être. De même Zucchero ne vient pas avec son projet Pop Variété mais avec son projet Blues composé à la Nouvelle Orléans avec les plus gros producteurs de Blues et de Rhythm’n’Blues. Je pourrais citer pour quelle raison on a choisi chaque artiste ! Tout a du lien, tout a du sens, on essaye de créer de la cohérence dans le projet artistique. Donc on va rester un festival de Jazz, même si ce n’est pas facile !

On constate beaucoup d’hommages cette année encore, ne célèbre-t-on plus les artistes vivant ?

Les créateurs de cette musique ne sont plus de ce monde, c’est une réalité… Lorsque les artistes tels que Archie Shepp (79 ans), Ahmad Jamal (86 ans), Herbie Hancock (76 ans) ne joueront plus, il y aura d’autres musiciens qui prendront la relève : Ibrahim Maalouf, Norah Jones, Mélodie Gardot. En revanche, ce ne sont pas des créateurs, ils continuent l’histoire, ils perdurent l’histoire du Jazz.

Ahmad Jamal

Jamie Cullum par exemple est un pianiste de Jazz, mais ce n’est pas le même style, c’est un Jazz plus Pop. Cette musique s’est toujours mélangée : le Jazz des années 40 était différent de celui des années 60’, lui-même différent des années 80, … Il ne faut pas être nostalgique du passé, il faut avancer avec le passé. Il faut se dire que la musique était géniale dans les années 70’, mais il faut la jouer d’une autre façon, ou avec un autre projet. Il n’y a pas un jazz, il y’a plusieurs sortes de jazz.

« Il ne faut pas être nostalgique du passé, il faut avancer avec le passé.»

Quelle place donnez-vous au public jeune à Jazz à Vienne ? 

70 % du festival est gratuit, même si on communique plus sur la seule scène payante, celle du théâtre antique, dont la moyenne d’âge est 50 ans. On peut écouter de la musique à Jazz à Vienne de 12h à 3h du matin sans payer un seul sous ! Le Club de Minuit et Jazz Mix réunissent les artistes les plus talentueux ! Il y a toutes ces scènes gratuites autour, qui font découvrir le Jazz aux jeunes, et qui pourraient progressivement s’intéresser aux soirées Jazz du Théâtre Antique.

On met aussi en œuvre des projets particuliers qui peuvent intéresser un public plus jeune. Le projet avec Jeff Mills et Emile Parisien est unique et permet de croiser les publics ! En ce qui concerne MC Solar (pour la soirée Hip-Hop Symphonique ): tout le monde est content de le voir, car il ne chante plus, ne rap plus, il a pris sa retraite et le faire remonter sur scène est une victoire.

Jeff Mills & Emile Parisien © Hana Ofangel

Quel est votre artiste préféré cette année ?

Dans cette programmation il y a un rêve de gosse : De La Soul. J’ai la double culture, j’ai grandi avec le Hip-Hop, le Hip-Hop m’a fait comprendre le Jazz, le Jazz m’a fait comprendre le Hip-Hop. On se pose souvent la question qu’aurait joué Miles Davis aujourd’hui ? Il aurait joué du Hip-Hop! D’ailleurs sur un de ses albums, il a commencé.

De la Soul

Le mot de la fin pour les lecteurs de Make X Lyon ?

Le jazz n’est pas une musique de vieux, c’est un cliché ! Le jazz peut parler à tout le monde, il ne faut pas avoir d’a priori, il ne faut pas avoir peur de découvrir cette musique, elle est partout, dans toutes les musiques qu’on écoute au quotidien. On ne se rend même pas compte que le jazz est là ! Le jazz a des fois tourné le dos à la danse alors que c’est une musique très dansante. Pour la blague, on dit souvent : « Le jazz à l’époque était joué par les vieux pour les jeunes, et maintenant par les jeunes pour les vieux ». 


Jennifer Pariente

Rédactrice Make x France
voir ses articles
+interviews
madben
Interviews  /   /  Jennifer Pariente

Interview On Air : MADBEN

Cette saison, on vous propose de découvrir quelles personnalités se cachent derrière les artistes qui font vibrer les nuits lyonnaises. On Air, l’interview sous une toute nouvelle forme : une série de courtes vidéos disponibles sur Facebook et Instagram que vous découvrirez tout au long de l’année. Pour la toute première, nous sommes allés à […]

groove boys project
Interviews  /   /  Ghislain Varlet

#On Air : Interview Groove Boys Project !

On Air est l’identité plus intimiste de Make x France : entre événements plus créatifs, porteurs de la scène locale et interviews d’artistes, On Air vous fait découvrir des talents qui sont chers à Make x France !  Cette fois-ci, on rencontrait à l’occasion de leur live sur la terrasse du Mob Hotel à Lyon, […]

ethyène
Interviews  /   /  Ghislain Varlet

#On Air : Interview Ethyène !

On Air est l’identité plus intimiste de Make x France : entre événements plus créatifs, porteurs de la scène locale et interviews d’artistes, On Air vous fait découvrir des talents qui sont chers à Make x France !  Cette fois-ci, on rencontrait Ethyène au Mob Hotel, membre du label Moonrise Hill Material, producteur et DJ […]

Daniel Avery Day 2 Nuits Sonores
Interviews  /   /  Léo Paget-Blanc

Nuits Sonores x Daniel Avery : interview à la croisée des destinées !

Make x France a eu la chance d’échanger quelques mots avec le prodige anglais, Daniel Avery, frère de sang du festival des Nuits Sonores qui le fait venir pour la cinquième année consécutive. Extrait de cet entretien privilégié avec le cerveau de Drone Logic et le fier auteur d’un nouvel album Song For Alpha, paru […]

SUIVEZ-NOUS