Sunwaves Festival
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Week-end en virée roumaine sur la terrasse du Sucre !

De manière à faire écho à l’année croisée France-Roumanie organisée par l’Institut français, le Sucre a décidé de mettre en valeur la scène musicale roumaine. Ainsi, un weekend durant (29,30 et 31 mars), vous verrez se succéder pas moins de 4 soirées, variant les esthétiques et les formats, où trouveront à s’exprimer les différentes sonorités qui font la diversité de la musique électronique roumaine. L’occasion pour nous de revenir sur les secrets de fabrication de la minimale roumaine, véritable étendard national.

Vue d'une des scènes du Sunwaves Festival 2017

Dor Mit Oru, EP sorti sur Cadenza en 2008, parfait exemple
des fondamentaux de la minimale roumaine

 

Comment pourrait-t-on définir la fameuse “rominimale” ? Sous-genre de la minimale classique (de Detroit dans les années 1990 ou plus tard de Francfort ou Berlin), ce parfait mélange de house et de techno ne se revendique d’aucun des deux genres. La minimale roumaine répond à ses propres canons : une bassline groovy primordiale, une rythmique précise, une mélodie entêtante, des boucles infinies ainsi qu’un tout bien deep et enivrant. La recette semble magique et elle a mis le monde à ses pieds. Véritable soft power au service de la cause nationale, la minimale roumaine s’est, depuis quelques années, imposée partout, clubs, festivals, aucun continent n’y échappe.

L’histoire ne commence pourtant pas en Roumanie mais plutôt en Allemagne. En effet, les Ricardo Villalobos et autre Zip, le créateur du label Perlon, sont les premiers à expérimenter ce qu’on appellera plus tard la minimale house ou tech house. S’inspirant donc de la vague allemande, les trois pionniers, à savoir Raresh, Rhadoo et Petre Inspirescu vont s’approprier le groove des basses et la répétition des boucles pour y ajouter un côté mélodique, hypnotique et épuré bien à eux.

En 2007, les 3 amis vont fonder ensemble le label [a:rpia:r], véritable pierre angulaire pour le reste du genre.

Profitant de l’estime et du soutien des grands pontes que sont Ricardo Villalobos ou Zip, ils ont l’opportunité de faire ce qu’ils font de mieux dans les meilleurs clubs d’Europe, à savoir des extended sets sans fin, sans véritables transitions mais où ils mélangent plutôt 3 voire 4 tracks en même temps. Ils se donnent le temps pour créer et faire évoluer leur set, telle une araignée qui tisse patiemment sa toile, donnant ainsi au public une impression d’infinie douceur. Ils ont également le sens du détail et une précision acérée pour assembler les tracks les uns avec les autres tel un puzzle. Du jamais entendu !

 

Ambiance spatiale et mélodie entêtante pour cette sortie sur Cocoon de Cristi Cons


Très vite donc, ils se font un nom et une communauté d’adeptes, initiés et passionnés, nait un peu partout en Europe. La suite de la recette magique? Un soutien et un amour infaillible pour la scène qu’ils ont eux-mêmes créés. En effet, les 3 djs n’ont pas seulement brillé par la qualité de leur production, ils ont aussi permis l’émergence de bien d’autres talents, roumains eux aussi, en réservant une place centrale aux productions de leurs confrères dans leur set. Ils ont ainsi grandement participé à l’émergence d’autres artistes comme Barac, Ada Kaleh, Cristi Cons ou bien Vlad Caia pour ne citer qu’eux. En se réservant donc les meilleures productions des artistes émergents, ils se réservent non seulement un réservoir immense de productions que personne ne connait, ils offrent une certaine visibilité pour les jeunes producteurs et créent un cercle vertueux autour de la scène roumaine.

D’ailleurs, on retrouve ce cercle vertueux dans la technique de commercialisation des sorties de leurs productions.

En effet, ils ont raréfié au maximum leurs sorties. Ils ne commercialisent que quelques unes de leurs productions, quasiment exclusivement sur vinyle et à des tirages très réduits, créant ainsi une demande frénétique autour de la production vinyle des différents labels roumains. Ainsi, que ce soit [a:rpia:r], Metereze (qui a signé Sublee ou Melodie) ou encore Amphia (qui a sorti des productions de Raresh, Cristi Cons ou Rhadoo), tous ont opté pour cette même technique de vente. Il y a désormais une véritable guerre pour s’arracher les productions des artistes roumains et une certaine rareté à les entendre jouer par d’autres que les intéressés eux-mêmes.

Revers de la médaille, les « requins de Discogs » s’en donne à coeur joie d’acheter les vinyles à leur sortie pour les revendre parfois plus de 10 fois plus cher quelques mois seulement après.

 

Cet EP de Petre Inspirescu s'est vendu par exemple à plus de 260€ sur Discogs

 

Enfin, la pièce manquante du puzzle pour comprendre le phénomène minimale roumaine, est probablement le festival Sunwaves, un festival spécifiquement dédié à la minimale qui a lieu deux fois par an sur les bords de la Mer Noire à Constanta. Ce n’est pas à Bucarest mais bien dans cette ville balnéaire qu’est née et a grandi la minimale roumaine. La plupart des DJs viennent d’ailleurs de cette région. Depuis sa première édition en 2005, le festival a su garder une place de premier choix pour les artistes locaux, venant seulement agrémenter sa programmation de quelques gros noms (et non l’inverse). Il a surtout finalisé l’expérience roumaine. Après avoir élaboré la signature sonore, il fallait une identité visuelle et une expérience live adéquates. Sobriété dans la scénographie, psychédélisme dans les mappings, toiles de tente colorées pour l’ombre, pieds dans l’eau avec la mer pour seul horizon, un Funktion One réglé à la perfection, tels sont les ingrédients qui ont rendu le festival légendaire.

 

Autre pépite parmi l'armada roumaine, Sublee nous gratifie d'un mixe tout en groove!

 

Cependant, il serait faux de réduire la scène musicale roumaine à sa seule minimale.

On peut prendre notamment pour exemple le collectif DJ’s queer et féministe Corp. avec Admina notamment. Il a su se faire un nom et s’est récemment fait inviter à Paris avec Sentimental Rave, autre artiste engagée pour la cause LGBTQ. Le Sucre a aussi décidé d’inviter le duo Khidja. Véritables touches-à-tout, ils jouent live comme en DJ set et mélangent totalement les styles. Attendez-vous à des mélodies orientales, mêlées à de la new wave, du psychédélisme et des touches de disco comme de techno. Ils ont été signés sur Hivern Discs, le label de John Talabot. Dans la même veine, ils étaient d’ailleurs amis pendant les études, on retrouvera Borusiade. Elle aussi surfe sur les genres, mélange basses agressives avec mélodies balearics et orientales. Elle a d’ailleurs signé en 2016 un EP sur Correspondant, le label de Jennifer Cardini.

 

La côte du duo roumain Khidja a explosé depuis leur signature sur Hivern Discs

Léo Paget-Blanc

Rédacteur Make x France
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