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We Are Europe : vers une Europe de la culture ?

On vous présentait, il y a quelques semaines, le programme de l’European Lab, cette grande série de conférences et de débats, associée aux Nuits Sonores, lancée il y a 8 ans par le collectif Arty Farty. Celui-ci, acteur majeur de la scène culturelle lyonnaise, est devenu incontournable et fait sans cesse parler de lui. Que ce soit aux côtés de la direction du Sucre, du Mob Hotel, du Transbordeur, ou même auprès d’artistes reconnus tels que Laurent Garnier, il est impossible de passer à côté de cette « mafia culturelle » dès qu’on s’intéresse un peu à la scène événementielle lyonnaise.

Photo à la une : © Nuits Sonores


Autoproclamé « 100% indépendant » et « 100% européen » (tel qu’indiqué sur leur site internet), Arty Farty s’exporte également dans le reste de l’Europe. Cette dynamique culmine en 2015 avec la création de We Are Europe, une association de plusieurs évènement majeurs, de Lyon à Belgrade, en passant par Barcelone, La Haye, Cologne ou encore Graz, en Autriche.

D’où vient cette immense réseau culturel européen ? Qui trouve-t-on derrière ? Quelle vision de la culture porte-il ?

Pour apporter des éléments de réponse à ces questions, qui en soulèvent d’autres, commençons par retracer l’histoire de We Are Europe.

Une histoire qui commence avec un homme : Vincent Carry. Passionné de musiques électroniques, il œuvre d’abord dans la programmation en milieu underground avant de créer sa propre structure, en 1999. Arty Farty, association loi 1901, apparaît alors à Lyon, avec pour mission « le développement et la promotion des cultures indépendantes, dans le domaine de la musique et de la création visuelle, mais au-delà dans tous les champs disciplinaires et toutes les esthétiques contemporaines connexes : graphisme, fooding, création numérique. »

Les cultures indépendantes, et en particulier celle de la musique électronique, sont donc bien le terreau du développement d’Arty Farty, qui crée en 2002 son festival éponyme, sorte de prototype des Nuits Sonores, qui sera lancé l’année suivante.  L’enjeu est simple : faire du festival une entreprise indépendante financièrement. Car, dès cette période, les financements publics de la culture sont en baisse drastique. C’est en partie ce contexte politique qui poussa des pans entiers de la culture vers l’entreprenariat : il s’agit désormais de réfléchir à la valeur économique et social de la culture, pour qu’elle puisse continuer d’agir, même sans le soutien de l’Etat.

Vincent Carry lui-même, dans une interview, décrit Arty Farty comme une « entreprise culturelle », malgré son statut d’association.

© Nuits Sonores

Cette dynamique semble être au cœur du projet d’Arty Farty, car s’il est clair que l’association baigne dans la culture électronique, elle est également porteuse d’une vision politique :  « Engagée et militante, Arty Farty œuvre notamment, sur son territoire et au niveau européen, pour le renouvellement des générations et des stratégies publiques dans le champ de la culture. À ce titre, elle milite pour la notion d’entrepreneuriat culturel, la sanctuarisation et le redéploiement des moyens publics de la culture, une prise en compte renforcée de la vision culturelle dans la construction des villes de demain. » (tiré du site des Nuits Sonores)

En parlant du redéploiement des moyens publics de la culture, c’est à cette question des nouveaux moyens de financement de la culture à laquelle touche Arty Farty. Une question dont la réponse serait celle de l’entrepreneuriat culturel. Par cette notion aujourd’hui central dans les débats, on entend donner à la culture et à la création un enjeu économique et social, ainsi que croiser la créativité et le monde l’entreprise.

Si l’enjeu est discutable (en témoigne les conférences, débats, articles,etc. qui se multiplient sur le sujet), c’est clairement sur ce créneau que s’est investi Vincent Carry. Une décision qui porta ses fruits puisque l’entreprenariat culturel et tout ce qui lui est associé est aujourd’hui en plein expansion, et pas seulement en France. On retrouverait cette dynamique dans l’ensemble de l’Europe. L’entreprenariat culturel est-il européen ? Celui d’Arty Farty en tout cas, l’est, et c’est ce qui a mené la fondation de We Are Europe, à son initiative.

Qu’est-ce que We Are Europe ?

L’association de 8 évènements européens majeurs, festivals ou forums, qui joignent leur force pour promouvoir les valeurs qui étaient déjà au cœur de la fondation d’Arty Farty : l’accent mis sur les industries créatives, les technologies, l’entreprenariat et la culture électronique.

Concrètement, cela se traduit par un projet soutenu (comprenez « financé ») par l’Union Européenne prévu pour durer 3 ans (2018 étant la dernière année.) On connait déjà les Nuits Sonores et l’European Lab, mais on y retrouve également 7 autres événements :

Le Reworks Festival, en Grêce, s’impose depuis 2004 comme l’un des évènements les plus pointus du pays en terme de programmation. Il vise notamment à tisser des liens entre musique et art contemporain.  Cette année, le festival se déroulera en septembre à Thessalonique, une ville portuaire du nord du pays, soit un cadre relativement idyllique.

Le c/o pop Festival, à Cologne, mélange rock, pop, indie, techno et house pendant 3 jours de fêtes, à la fin de l’été. Les premiers noms sont déjà sortis, on y retrouve notamment KiNK, The Notwist (groupe de rock indé allemand), ou encore William Fitzsimmons, un compositeur américain qui mélange rock, folk et musique électronique.

© c/o pop Festival

En Serbie, c’est le festival Resonate qui porte les couleurs de We Are Europe. Pendant quatre jours et quatre nuits, conférences et performances musicales (principalement techno), dans des anciens abattoirs, ébranlent la ville de Belgrade.

Son homologue autrichien, ElevateMusic & Arts, se tient chaque année depuis 2005 à Graz. Il mêle, lui aussi, DJ sets, lives, conférences et débats sur différents sujets.

On citera également le Sónar Festival, à Barcelone, ou encore le TodaysArt, à La Haye, qui mêle art contemporain, musique et audiovisuel. Le festival Insomnia, en Norvège vient enfin compléter cette liste des fameux 8 évènements majeurs du réseau.

L’équipe de We Are Europe est ainsi composée des plusieurs membres de chaque festivals, tous occupant des fonctions de direction dans leur structure respective (artistique, communication, finance…) Vous pouvez retrouvez la liste complète ici.

Tous s’alignent sur l’objectif affiché du réseau : promouvoir la construction d’une citoyenneté européenne par la culture.

Les différents festivals sont ainsi amenés à réaliser des échanges artistiques fréquents, à s’inviter les uns les autres, à partager et à diffuser des pratiques dans le but affiché d’encourager une culture européenne.

Ce réseau, bien qu’actuellement financé pour sa dernière année, sera probablement reconduit sous une forme ou une autre. Le symbole politique et les ambitions culturelles d’Arty Farty et de We Are Europe ne semblent pas prêts de s’éteindre sur la scène européenne.


Léo Barron

Rédacteur Make x France
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