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Vous avez des projets fous ? Le documentaire Netflix sur le Fyre Festival devrait calmer vos ardeurs

Nous avons toutes et tous déjà connu ces rêveries entre amis, ces projets fous qu’on laisse sans lendemains : ouvrir un bar ou prendre son sac à dos pour faire de la permaculture sur Mars. Bref, des abstractions qu’on tue dans l’œuf avant qu’elles ne puissent atteindre le stade de projet.

© Texte par Emmanuelle Renault

 « Fyre: the best festival that never happened”, sorti sur Netflix, nous retrace justement l’histoire d’une hallucination collective qui éclot. On suit le parcours de Billy McFarland, commercial mégalomane qui imagine pour promotion de son application Fyre, un festival dantesque aux Bahamas.

Avant même de connaître la programmation ou le public-cible de l’évènement, on le présente déjà comme le festival qui aura lieu sur l’île de Pablo Escobar. Galvanisées par le charisme de Billy, les équipes s’emballent et aiguisent scrupuleusement leurs outils de marketing : influenceurs, équipes de community manager engagées, alcool à flot, super-modèles et rappeurs sur une île déserte au sable chaud. Avant même d’avoir ébauché un budget, la promotion du festival devient virale. On promet des villas de luxe, des jets privés, Major Lazer par-ci, des draps de soie par-là.

Bref, les places se vendent aussi rapidement que les tweets échangés, car rien, même la réalité, n’est trop grand pour Billy.

Totalement subjugués par le tourbillon des premiers succès, ivres du rêve vendu, on se souvient du film Belgica de Felix Van Groeningen (également réalisateur du très beau Alabama Monroe).

Il y filme l’ambition folle de deux frères qui décident d’ouvrir un bar, le Belgica, qui devient rapidement le centre du monde de la nuit. L’énergie insensée qui se dégage des plans de Belgica nous rappelle le rythme euphorique des premiers temps de Fyre. Billy, tout comme Frank de Belgica, profite de l’extase générale sans aucunes limites, se laissant porter par des flots qu’il refuse de voir déborder.

Nous avons l’impression de suivre un thriller improbable, chaotique, et ébahis sur nos fauteuils, on ne cesse de se demander jusqu’où ira ce délire.

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Love Parade Disaster

Le flot devient si incontrôlable qu’il nous rappelle à quel point l’organisation d’évènements n’est pas une mince affaire. Souvenons-nous de la mythique Love Parade de 2010, aujourd’hui surnommée « Love Parade Disaster » : dans un mouvement de foule imprévu, 650 personnes sont blessées, et 21 trouvent la mort.

Le procès qui n’est toujours pas achevé à l’heure actuelle vise tout particulièrement Dr.Motte, l’un des fondateurs de la Love Parade, qui risque jusqu’à 5 ans de prison ferme. Dans un registre bien moins dramatique, un des organisateurs du Fyre évoque le chaos de Woodstock, les kilomètres d’embouteillages, les jeunes nus sur les capots de voiture, la joyeuse cacophonie collective des festivals en somme.

Les heureuses galères de logistique sont d’ailleurs retracées dans la comédie Hôtel Woodstock qui, malgré sa qualité relative, nous suggère à quel point le monde de la fête et de la musique en a connu d’autres. On se souvient également des situations rocambolesques dans lesquelles se retrouvent les personnages du Sens de la Fête réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano, et surtout de leur ingéniosité sans limites.

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© Le sens de la fête

S’il est bien une chose que nous apprend la construction de festivals, c’est qu’ils naissent souvent d’idées un peu folles, voir utopistes, comme le Burning Man organisé en plein désert au Nevada, ou encore Into the Glacier au cœur d’un glacier en Islande. Toutefois, ces spots fantastiques et hallucinatoires présentent de lourdes contraintes, de longues périodes de réflexion et de prospection qu’il faut toujours mobiliser ; soit autant d’éléments que le narcissique Billy ne prend pas en compte dans la construction de son rêve égoïste.

On notera toutefois le bel élan des internautes qui ont intégralement remboursé Maryann Rolle, bahamienne ruinée par les conséquences du festival, au travers d’une cagnotte en ligne.

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© Maryann Rolle

L’immense arnaque de Billy restera dans les annales, à l’instar de l’improbable escroquerie de Cédric Naudon. Un documentaire radio qu’on vous recommande chaudement a d’ailleurs été réalisé sur son projet improbable : la construction, au centre d’un quartier parisien, d’une citée consacrée à la gastronomie et au design ; la « jeune rue ». Billy et Cédric, tous deux revenus sur le marché des esprits animaux depuis leur condamnation, n’ont cessé de continuer leurs magouilles. A bon entendeur.

Il y aurait beaucoup à dire sur Fyre. Vous pourrez d’ailleurs en savoir plus en regardant Fyre Fraud, le pendant de Fyre, réalisé cette-fois-ci par Hulu (qui produit également La Servante écarlate). On y est vite plongé comme dans un rêve agité, balancé de problèmes en solutions, on voit se dérouler sous nos yeux une course contre la montre dont on finit également par douter, tant le déroulé des évènements semble improbable.

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L’humour y est omniprésent, grâce notamment à la lucidité ironique de Marc Weinstein (non, rien avoir avec Harvey) qui fait office de Cassandre à barbe. Certaines scènes sont particulièrement croustillantes :  on ricane en voyant la jeunesse dorée états-unienne se battre pour des tentes de fortune payées 250 000 dollars, on s’esclaffe en observant jusqu’où la mauvaise foi de Billy le mène. On éprouve toutefois de la colère face aux conséquences très sérieuses qu’ont subi les habitants de l’île.

Finalement, on souffle en réalisant qu’on a bien fait de laisser certaines de nos idées au stade d’embryon.

 


Ghislain Varlet

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