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Velvet Buzzsaw : la section « cinéma » de Netflix peine à convaincre

Un casting aguicheur composé de Jake Gyllenhall, John Malkovich ou encore Natalia Dyer, la ville de Los Angeles pour toile de fond, l’univers insolent de l’art contemporain confronté à de mystérieux tableaux… Malgré certaines qualités, on vous explique pourquoi Velvet Buzzsaw disponible sur netflix nous a laissés sur notre faim.

Image de mise en avant : Jake Gyllenhaal & Zawe Ashton 
dans Velvet Buzzsway

Par une de ces soirées frileuse de février, nous nous sommes laissés tenter par la section « cinéma » de Netflix qui est toutefois la moins convaincante de la plateforme.

Tout commençait pourtant plutôt bien : on prend plaisir à suivre Jake Gyllenhall en critique d’art maniéré, les travellings des premières scènes nous plongent dans de grandes salles vides et monochromes qui rehaussent l’imprimé batik des chemises et le peroxydé des cheveux.

On se souvient forcément des grands espaces mornes et sophistiqués de The Square de Ruben Östlund (également réalisateur du très ironique Snow Therapy qu’on vous recommande chaudement). On se souvient surtout de l’excellent Claes Bang sublimé par un rôle finement écrit, ce qui n’est malheureusement pas la chance de Jake Gyllenhaall dans Velvet Buzzsaw. Malgré une critique des excès de l’art contemporain bien modelée au départ, notamment dans l’opportunisme dont font preuve les personnages, ou encore au travers de transitions bien ficelées (on pense notamment au zoom sur le verre de champagne rosé qui retourne un monde contemporain dénué de gravité) Velvet Buzzsaw sombre très rapidement dans des facilités.

Critiquer l’art contemporain est une récurrence glissante. Dans un registre plus peaufiné, on vous recommande Lorsque j’étais une œuvre d’art d’Eric-Emmanuel Schmitt qui retrace le parcours névrotique d’un suicidaire qui, n’ayant pense-t-il plus rien à perdre, accepte de passer un pacte avec l’autoproclamé Zeus-Peter Lama qui en fait son œuvre d’art : body-horror et rebondissements garantis. De fait, même si les atmosphères minimalistes et léchées semblent représenter le terrain de jeu parfait pour l’horreur (on pense notamment à  American Psycho de Mary Harron ou encore Neon Diamond de Nicolas Winding Refn), ici la fusion n’opère pas. Le souci principal de Velvet Buzzsaw réside dans la paresse de son scénariste qui nous avait franchement habitué à mieux (cf. Nightcall).

Malgré une durée de presque deux heures, le scénario ne soucie pas de donner un motif profond et crédible aux agissements du mystérieux criminel. La relative finesse de la critique présente au début laisse rapidement place à des facilités éculées, comme la scène d’un galeriste se galvanisant devant des sacs poubelles qui ne sont pas censés être des œuvres. Du déjà vu, en somme.

 

Neon Diamond, Velvet Buzzsaw, horreur, art contemporain

Elle Fanning dans "The Neon Demon". © The joker

 

Cette forme épuisée de critique dévoile d’ailleurs ses propres failles : devant des tableaux que l’on pourrait facilement trouver dans une brocante moyenne, tout le microcosme du film voit du génie. Pourtant, comme nous l’apprend Le marché de l’art contemporain de Nathalie Moureau et Dominique Sagot-Duvauroux, cela n’est ni crédible, ni réaliste : le marché de l’art contemporain se caractérise surtout par sa situation d’oligopole à frange, où quelques acteurs laissent le risque de la découverte d’artistes à d’autres petites galeries. On ne peut donc pas croire une minute à l’élément déclencheur du film.

Ensuite, concernant le tournant pris au bout d’une trentaine de minutes, on reste franchement perplexe. Le ridicule de certaines scènes de meurtre nous rappelle, tout à la fois :  le grotesque de mises en scène proches d’un mauvais téléfilm, l’esthétique des pires nanars japonais, Destination finale (et oui), l’opportunisme de pseudos navets tels que Shark. Bref, malgré certaines qualités, Velvet Buzzsaw ne parvient ni à relever le défi d’un thriller entraînant, ni celui d’un bon film satirique, ni celui d’un vrai nanar.

On vous conseillera donc de prendre votre petit air hautain et de snober Velvet Buzzsaw qui, malgré certains atouts, s’avère aussi esthétique qu’anecdotique.

Emmanuelle Renault

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