Giegling Tour 2017
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Make x Flashback – Giegling en odeur de sainteté!

Expos, soirées, festivals, film… Nos heures perdues nous permettent de découvrir des pans de culture qui font la richesse et la singularité d’un pays. Plongez dans les yeux et la tête de nos rédacteurs le temps d’une evénement et soyez les témoins privilégiés de leurs aventures. Aujourd’hui, focus sur la soirée du label Giegling à Ruigoord dans le cadre de l’Amsterdam Dance Event qui avait lieu du 18 au 22 octobre derniers.

À la une : Des ballons lors du Planet Giegling à Londres.

Giegling Artwork
Trainant ma carcasse fatiguée, je me retrouve fortuitement perdu dans la banlieue industrielle d’Amsterdam. Rien à l’horizon. Mis à part le gris du ciel, le rouge des briques des usines environnantes et le vert des herbes qui s’affolent et plient sous la force du vent, je suis seul.

Ruigoord à AmsterdamJe pénètre alors dans les prémisses d’un village, petites maisons cozy de plain-pied et jardins s’agglutinent le long d’une petite route qui serpente entre les herbes folles. Alors que le soleil tombe et après quelques minutes de marche, me voilà entrant dans un presbytère où s’élève une petite église catholique, seul relief dans la plate campagne industrielle hollandaise. Personne dehors, j’entre. Une lumière blanche presque céleste baigne la pièce. Le vieux parquet grince sous mes pas respectueux. L’autel a été reconverti en dj booth et brille de mille feux sous ses parures dorées. L’Eglise est chichement décorée de quelques chandeliers mais la simplicité et l’authenticité du lieu se suffisent à elles-mêmes. Même si la sainte patronne semble avoir quitté les lieux depuis presque 40 ans, l’Eglise respire encore la sainteté et je reste silencieux, contemplatif du spectacle qui s’offre à moi. Cette Eglise est celle de Ruigoord, signe distinctif du village hippie éponyme qui s’est implanté ici au début des années 1970. La petite chapelle servira donc d’écrin pour la soirée du label Giegling dans le cadre de l’Amsterdam Dance Event 2017.

Your Vibe, présente sur le Various Giegling - Mind Over Matter sorti en décembre 2016

La pièce est encore vide de ses danseurs, le système son volontairement bas, une odeur de bois me chatouille les narines, et la musique, downtempo et aérienne, de Leafar Legov entraîne les timides premiers pas de danse. Dans la famille Giegling depuis ses débuts à l’université d’art de Weimar, Leafar Legov nous délivre un live calme qui appelle la sérénité. Le label Giegling est avant tout une famille et les sets s’enchaînent aussi naturellement que lors d’une discussion entre amis. Découverte du petit jardin autour de l’Eglise, un lieu où l’on cultive son âme le temps d’une pause, hors du temps, dans les hautes herbes, entre les vestiges de l’ère industrielle et les canaux qui se dirigent vers le centre de la capitale hollandaise et se jetteront dans la froide Mer du Nord. Ici, la musique épurée des membres du label allemand donne de la chaleur à nos corps, soumis pourtant aux morsures du vent qui balaie ces terres.

Giegling Crew

La famille Giegling avec Leafar Legov, Dj Dustin ou Konstantin de dos

La soirée continue, l’intensité de la musique vient avec les premières foules qui remplissent l’Eglise de leur sueur moite. Après le DJ set de Lux aux rythmes variés, vient Map.Ach accompagné d’Otto, un chanteur ami du label de longue date. L’un nous charme de sa voix perchée et de ses bruitages mystiques, tandis que l’autre nous ensorcelle avec ses bases rondes et ses percussions tranchantes. Au fil des prestations, le rythme s’accélère, le son augmente, les lumières jouent avec les contrastes et alternent entre blancheur éclatante et pénombre libertaire. La lumière viendra tout particulièrement d’Edward, sorte de figure paternelle pour le label, son set résonnait parfaitement en lieu et place de la messe habituelle. Retenue, simplicité des arrangements, élégance, font de sa micro house l’outil parfait pour relâcher son corps et le laisser vibrer au rythme d’une musique charmeuse.

Otto, ami du label de longue date, chante et sample des bruitages pour accompagner

L’excitation grandit lorsqu’Aleksi Perälä, artiste gardé secret jusqu’à la tenue de l’événement, succède à Ateq derrière les platines. Les poings se serrent et les mâchoires se crispent, la techno résonne désormais, tonitruante et majestueuse dans la salle, pleine à craquer de fidèles en transe. Nos pensées se brouillent et nous nous laissons tous aller à la musique, les corps transcendés et tournés vers le maître de cérémonie, qui trône, seul, sur l’hôtel de la musique électronique. Le temps se ralentit, et l’osmose dans la salle se concrétise. Vient ensuite le père spirituel de la bande, Konstantin, l’homme à l’origine du projet et, si l’on devait en désigner un, son chef de file. Les sonorités sont moins agressives et la mélodie enivre la foule, excitée par la fatigue qui commence à percer dans leurs yeux rougis. La magie de sa musique remplace la faiblesse de nos mots. La messe prend alors une tournure tout à fait cosmique et irréelle à l’arrivée de Vril, l’artiste le plus orienté techno de la soirée. Les premières notes sont majestueuses et la basse qui suit, longue et lancinante, fait vibrer chacune des lattes du parquet abîmé. Un silence respectueux s’installe et tous écoutent avec passion avant d’entamer leur dernière danse. Les coups sont assénés avec une précision sans faille, les percussions, acérées, s’accompagnent d’une ligne de basse imparable. Les craquements du bâtiment donnent l’impression qu’il a pris vie, charmé lui aussi par l’hymne au bout goût que nous propose Giegling.

Planet Giegling Tour 2017

Giegling ce n'est pas que de la musique, c'est aussi de la décoration et des arts appliqués

Enfin, la pression retombe tout à coup, lors des premières notes du dernier live de la soirée. Il est alors 7h du matin quand Kettenkarussel, le duo formé de Konstantin et Leafar Legov, prend place sur l’hôtel pour parachever cette messe grandiose. On retrouve la légèreté et la parcimonie des premières notes de la soirée, des vocales nous bercent et la basse nous enveloppent de sa chaleur rassurante. Ils finissent sur une dernière track, pas encore sortie (peut être jamais) mais exquise et qui résume à elle seule la soirée : une vocale qui transpire l’amour et la joie, une basse ronde et chaleureuse, des percussions élégantes qui tranchent l’air de leur netteté et une musique tout en retenue qui ravit les sens.

Un des rares sets enregistrés sur la toile par Kettenkarussel, 1h20 de douceur et de poésie

Alors que le silence reprend ses droits, nous déambulons sans but dans l’Eglise, histoire de se remémorer les magnifiques moments vécus pendant la nuit. Comme un dernier clin d’oeil au destin, nous quittons la salle, alors vide de tous ses danseurs, et croisons le regard amusé et passionné de Konstantin, qui finissait de ranger ses affaires. Sur un dernier éclat doré du chandelier, nous lui serrons la main et le remercions pour cette soirée musicalement et sensoriellement hors du temps.

Retour sur la poésie du Giegling Tour qui a fait le tour du monde au début de l'année

Les présents vous diront à quel point ils ont été charmés par la magie de ce label. À la fois insaisissable, téméraire et omniprésent, ils ont su garder l’esprit originel qui les a poussés en premier lieu à faire de la musique. Alors âgés de la vingtaine, encore étudiants à Weimar, ils ont décidé d’organiser des soirées pour leurs amis. Puis, ils ont continué l’expérience jusqu’à créer le label pour, disent-ils, « faire un requiem » de ces années insouciantes. C’est ce que transmet finalement leur musique, des valeurs simples d’amitié et de passion, à l’épreuve du temps et des modes, une esthétique et un souci du détail ainsi qu’un esprit libertaire s’affranchissant des conventions.


Léo Paget-Blanc

Rédacteur Make x France
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