charité lyon
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L’expression « C’est l’hôpital qui se fout de la Charité » est lyonnaise !

Soirées… Concerts… Expos… Skateboard… Gastronomie… Lyon est de loin la ville la plus complète et la plus intéressante du monde. En effet, selon un comité d’experts composé de moi, de moi mais aussi de moi, notre belle et douce cité devance de très loin Paris, Berlin, Poudlard ou encore Melun, comme première destination touristique mondiale. Cependant il est temps maintenant de parler d’histoire. C’est bien beau de se trémousser dans un club du centre ville ou de faire mine de s’y connaître dans l’expo d’art contemporain d’un « sculpteur conceptuel d’espace » d’un pays obscur mais dorénavant on ne va plus plaisanter et parler d’Histoire avec une grand H, mais également de langage. Lâchez vos GSM intelligents (enfin pas si vous lisez cet article dessus) et éteignez vos téléviseurs, il est temps de parler langue française. 

© Image à la une : Pierre Thiaville

« C’est l’hôpital qui se fout de la charité »

La langue française, comme chacun d’entre nous le sait, a eu le temps d’évoluer de sa naissance jusqu’à sa forme moderne. En effet, entre « Oyé O Duc des Seigneuries de Boulogne » et « Wesh frère du 92I« , la langue française a pu faire son bonhomme de chemin. Cependant, cette évolution a su garder de nombreuses racines qui sont toujours visibles de nos jours dans notre langage.

L’expression dont nous allons traiter aujourd’hui date du XVIIème siècle et apparaît à Lyon, sur les bords du Rhône.

Il est ici question d’une rivalité entre les deux principaux hôpitaux lyonnais de l’époque, à savoir l’Hôtel Dieu (qui est devenu aujourd’hui un centre commercial trop cher) et l’Hôpital de la Charité, dont il ne reste aujourd’hui que le clocher principal.

l'hopital qui se fout de la charité

Avant de parler de la rivalité de ces deux entités, il faut bien comprendre l’importance historique de ces deux bâtiments.

Pour commencer, l’Hôtel Dieu a été construit en 1185 après Jésus Christ par l’ordre des frères pontifes. Ces religieux construisaient des hôpitaux mais aussi des ponts pour accueillir les pèlerins dans leur voyage. Il était appelé initialement Hôpital du pont du Rhône. Il faudra attendre 1478 pour que la municipalité rachète le bâtiment, notamment à cause de l’accroissement de la population lyonnaise. L’immense édifice sera élargi et modifié à plusieurs reprises jusqu’à nos jours. L’hôpital fermera définitivement ces portes en 2010, après quasiment 9 siècles de bons et loyaux services.


L'Hôtel Dieu by Night, phare dans la tempête de toutes les âmes perdus des quais

Pour sa part, l’Hôpital de la Charité a eu une vie moins longue, mais tout aussi remplie que son voisin. Il fut construit au XVIIème siècle, à moins de 200 mètres de l’Hôtel Dieu.

Au XVI siècle, de grandes famines frappent la France après une longue période de sécheresse ce qui provoquera une forte immigration vers Lyon. Une aide chrétienne se mettra en place en ville pour accueillir les plus nécessiteux. Après plusieurs propositions (Cordeliers, place des Terreaux…), c’est finalement les terrains situés entre la place Bellecour et le Rhône qui seront achetés pour mettre en place l’hôpital. La raison est en premier lieu stratégique : tout comme l’Hôtel Dieu, le nouvel hôpital est situé au bord du fleuve, facilitant le transport des malades. Son nom initial est Notre Dame de la Charité, mais il prendra son nom définitif en 1786. Après une longue période de fortes activités, l’hôpital est détruit en 1934, pour cause d’insalubrité.


Place Antonin Poncet, avec le clocher de l'Hôpital de la Charité

Une concurrence apparaît progressivement entre les deux hôpitaux lyonnais. Ces hospices accueillaient les miséreux, les sans-abris puis les malades.

Au fur et à mesure que le temps passa, chaque institution a commencé à se vanter de moins laisser mourir ses pensionnaires et de mieux soigner ses malades.

Une compétition étrange, quand on sait que leur but premier était de sauver des vies humaines. Il est aussi important de noter qu’à partir du XVIIème siècle, l’hôpital laïque commence également à s’organiser à côté de l’hôpital chrétien, ce qui amena une concurrence entre les hospices chrétiens et laïcs. Selon l’historien du langage Claude Duneton, l’expression originale « C’est l’hôpital qui se moque de la charité« , vient donc bien de Lyon, à partir de la rivalité, mais aussi du voisinage des deux établissements. En effet, n’oublions pas que ces deux hôpitaux étaient à moins de 200m l’un de l’autre. Il est bon d’observer que malgré le fait que ces deux institutions ne sont plus, l’expression, elle, est bien restée dans notre langage de tous les jours.

l'hopital qui se fout de la charité

Construction Hôtel des Postes, mai 1936

Vladimir Colovray

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