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Brodinski : de la techno française à la trap d’Atlanta

Mais qui est-il vraiment ? Tout le monde connaît son nom mais peu de monde comprend vraiment l’ampleur du personnage. De la techno à la trap d’Atlanta, le disc jockey/producteur Brodinski affole toutes les machines qu’il effleure depuis maintenant 10 ans. Parti depuis quelques années au royaume de l’obésité et des armes à feu, Lyon aura l’honneur de recevoir la bête au Diskret le vendredi 20 octobre. Un grand bravo à Artjacking et Propagang Production d’inviter ce Monsieur de la musique électro française mais aussi du rap. Retour sur notre ami Brodi, ce phénomène qui n’a laissé personne indifférent depuis son arrivée dans le son. 


Brodinski, le « Dyjay » ne l’a pas toujours été. Nous étions au départ bien loin du producteur jeune, cool et branché, séduisant autant les technoboyz que les amateurs de rap. Bien avant Atlanta, Kanye West et la trap, il y avait Louis Rogé, jeune diplômé de BTS en communication. Préférant tenter sa chance dans la musique (#vistondreambébé), il s’est fait remarquer dès ses débuts. Brodinski a commencé par la techno et les mix en club mais il est important de noter qu’il a toujours été aussi attiré par le Hip-Hop. De son aveu, Gucci Mane est le premier artiste rap qui l’a marqué, avec entre autres sa personnalité sulfureuse. Son premier EP Bad Runner en 2007, très orienté Techno, avait marqué les esprits.

L’envol de notre ami Brodi se fera définitivement en 2011, à la création du mythique label Bromance. Aidé par son ami et manager Emmanuel Barron, cette entité va clairement dominer les années 2010 de l’électro française.

Mais pour commencer, mes petits lapins, qu’est-ce que la « Bromance » ? Si on s’en réfère à la grande encyclopédie de la streetzer, c’est « une relation amicale très forte entre deux hommes », en gros l’amitié ou « l’amour sans sexe » selon la philosophie du suisse Henri Frédéric Amiel. En effet, le label est né de l’amitié de Brodinski et de Manu Barron. Cette naissance orientera en partie les choix artistiques de la boîte: le but de Bromance sera de produire les copains qui ont du talent dans la bonne ambiance et la décontraction. Sur le papier, tout cela peut paraître candide, voire bonnet, mais dans les faits, les bros vont illuminer la musique française des années 2010.

En effet, ce n’est pas ton voisin de palier (celui qui regarde le foot en streaming et qui va chercher son courrier en slip) ou ton meilleur pote débile (celui qui boit des bières canettes le samedi après-midi avec toi en jouant à Fortnite) que va produire Brodinski.

Quand tu entends le premier nom du label : le « prince lyonnais de la techno » en personne, Gesaffelstein, tu sais que Bromance n’était pas là pour fixer un mur blanc tel un chat devant un concombre. L’américaine Louisahhh portera également haut en couleur le drapeau de Bromance pendant plusieurs années, les lillois impeccablement coiffés de Club Cheval émergeront aussi ou encore Para One, le DJ orienté aussi rap cassera tout. Bref que du beau monde pour ce label d’exception.


Brodinski et Gesaffelstein en pleine bromance

L’idée de Brodinski et d’Emmanuel Barron était de construire un label touche à tout, au service des artistes signés. Il y a toujours eu un refus d’appartenir à un seul courant musical. Quand on observe la carrière de Brodinski, il avait certainement l’envie de réunir musique électronique et Hip-Hop, ses deux styles de prédilection. Il suffit de comparer la techno très sombre de Gesaffelstein avec le merdier électronique de Club Cheval ou encore les productions trap de Brodi pour observer la diversité artistique que proposait Bromance. Le partenariat avec EMI Group amènera le label à son apogée en 2013 : cette collaboration a permis de produire les plus grands albums du label : Aleph de Gesaffelstein, Brava de Brodinski et Discipline de Club Cheval.

C’est pendant l’aventure Bromance que Brodinski va se plonger de plus en plus dans le Hip-Hop. En 2013, avec son ami Gesaffelstein, il produit en partie l’album Yeezus de Kanye West (ils produisent conjointement le son « Black Skinhead »). Il va alors commencer à produire de plus en plus régulièrement pour le rap, mais en apportant ses propres sonorités : il n’y a qu’à écouter « Send It Up » de Yeezus pour voir le décalage qu’il y a entre cette prod et des instrus de rap plus « classiques ». Brodi apporte donc sa propre touche et commence à s’implanter dans le Hip-Hop américain. C’est donc entre 2013 et 2015 que le tournant Trap apparaît vraiment dans sa musique. Il s’installe à Atlanta, nouvelle épicentre du Hip-Hop américain, pour jouer, produire et faire évoluer sa musique.

L’aventure de Bromance aura été magnifique mais prendra bel et bien fin en février 2017. Après 5 ans d’électro brute qui ont retourné le monde de la nuit et façonné les artistes électro les plus talentueux des années 2010, c’est fini. Après des projets marquants, plus de 300 soirées, une collaboration entre techno et rap, Bromance s’arrête donc, laissant le monde de la nuit dans une grande tristesse.

Mais l’histoire, comme vous pouvez vous en douter ne s’arrête pas là.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Brodinski s’est fait relativement discret depuis la fin de Bromance, lui, qui nous avait habitué à une infatigable productivité. Mais autant qu’on se le dise tout de suite, ce n’est qu’une façade. En effet, Brodi s’est plongé à 100% dans la production de rap de l’autre côté de l’Atlantique. Toujours plus passionné par la trap du sud des Etats-Unis, ce courant maintenant en fer de lance du Hip-Hop américain, il produit de plus en plus pour la scène d’Atlanta. Sorti début juillet, sa dernière collaboration avec Peewe Longway, nouvelle tête d’affiche incroyable de la trap et protégé de Gucci Mane, « Split » nous a mis sur le dos.

Après Kanye West ou 21 Savage, Brodinski continue son bonhomme de chemin en produisant des rappeurs d’une street crédibilité qui feraient passer Booba et Kaaris pour des lapins en chocolat.

C’est donc avec grande impatience que l’on va attendre Brodinski au Diskret !


Vladimir Colovray

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