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Arnaud Rebotini va clôturer l’anniversaire d’Arty Farty avec une première mondiale !

Pour le vingtième anniversaire d’Arty, c’est un golem au costume impeccable et à la moustache saillante qui assurera le spectacle final dans la grande salle de l’Auditorium de Lyon. Arnaud Rebotini clôturera la fête de l’association qui organise Nuits Sonores avec une avant-première mondiale : le live de la bande-originale de 120 battements par minute, avec un ensemble orchestral. Retour sur le parcours de l’homme, la carrière du musicien et de sa musique électronique unique en son genre. 

À la une © Frank Hedin

A l’occasion des 20 ans de l’association Arty Farty, Arnaud Rebotini se produira à l’Auditorium de Lyon. Oubliez cependant les DJ Sets ou autres lives, que le colosse moustachu a déjà sublimé par le passé. Le dimanche 17 mars sera marqué d’une pierre blanche : ce sera une première mondiale. En effet, monsieur Rebotini, accompagné d’un ensemble orchestral, interprétera la bande-originale du film 120 battements par minutes. Rappelons que grâce à cet OST incroyable, Arnaud a obtenu le César de la meilleure musique originale aux Césars en 2018.

Arty Farty, c’est 20 ans de concerts, de festivals et de promotion de la culture contemporaine.

C’est également l’association qui organise les Nuits Sonores à Lyon, vitrine des festivals électro européens. Inviter l’un des papes de la techno française dans un lieu aussi emblématique que l’Auditorium de Lyon pour fêter un anniversaire, on avouera être séduits par l’initiative. Revenons maintenant sur la carrière d’Arnaud Rebotini, véritable vétéran de la musique électronique française.

Et la lumière fut © Olivier Scher

Arnaud Rebotini est une figure de la techno hexagonale. Natif de Nancy, il débarque à Paris au début des années 80, perdu, avec « un accent de merde« .

En effet, le géant de deux mètres, à la moustache virile n’a pas toujours été le Roi de la techno française.

Au fil du temps, il s’habitue progressivement à la vie frénétique de la capitale. Petit, il rêvait d’aller au conservatoire mais cela n’aboutira en rien. Agité, déconcentré, ses pairs ne le voyaient pas entamer une carrière musicale. Mais comme vous vous en doutez, l’histoire ne s’arrête pas là. Titulaire d’un BEP électronique, il se tourne progressivement vers l’électro. Arnaud découvre les synthétiseurs et les boîtes à rythme : la technologie électronique lui a permis de découvrir la musique par une autre voie que par « l’apprentissage scolaire ». Il achète ses premiers instruments d’occasion au début des années 90, après que d’autres groupes has-been des années 80 aient jeté l’éponge et donc, revendu leurs vieux synthétiseurs.

Il fonde son premier groupe à 17 ans mais il commencera à travailler la techno en solitaire en 1993. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est assimilé à la French Touch:  cette fameuse période qui a vu émerger des monstres comme Laurent Garnier, les Daft Punk ou encore Etienne de Crécy.

Il commence à mixer au Carré Noir, une backroom du XVIIIème arrondissement de Paname.

Ce sont ses voisins gays de l’époque qui l’ont invité à y faire des lives le dimanche. Il commence donc son ascension musicale dans cette boîte LGBT, en même temps qu’il était disquaire chez Rough Trade (au sous-sol, pour les connaisseurs). Avec son ami et collègue Ivan Smagghe, il commence à mixer et monte la formation originale de Black Strobe. Rebotini produit sous son propre nom mais également sous le pseudonyme de Zend Avesta vers la fin des années 90. C’est sous ce nom d’emprunt qu’il sort « Organique » en 2000, ce mélange totalement barré de pop, électro, jazz, cordes, cuivres et voix : c’est son premier succès critique. Cependant, le compère d’Arnaud ne continuera pas l’aventure, abandonnant la formation peu avant la sortie de l’album « Burn your own church » en 2017. Ivan ne semblait plus trouver sa place dans l’électro/blues de Black Strobe : il se consacrera à un carrière solo de DJ.

Il est important de revenir sur Black Strobe, le groupe de Blues/électro de Rebotini. Si on connaît principalement son travail autour de la musique électronique, il faut aussi se pencher sur cette formation qui n’a laissé personne indifférent. La formation d’Arnaud (groupe qui a donné son nom au label de Rebotini d’ailleurs) a deux albums à son actif. Véritable carrefour entre l’électro, le blues, le rock ou encore la country, Black Strobe a été adoubé dans le monde entier. Reconnu internationalement grâce au tube et reprise du classique de Bo Diddley I’m a Man, que l’on a entendu dans Django Unchained de Quentin Tarantino, dans l’excellent Rock’N’Rolla de Guy Ritchie ou encore dans la saison 1 de The Walking Dead, cette formation a montré qu’Arnaud Rebotini pouvait sortir de sa techno traditionnelle pour composer du blues/rock énervé.

Le second album de Black Strobe, « Godforsaken Roads« , sorti en 2014 est la consécration de ce travail incroyable. Pour votre serviteur c’est un classique absolu qui figure facilement dans son top 5, tous albums confondus.

Sur ce second projet, la voix de Rebotini est centrale, beaucoup plus présente que sur le premier album : il avait notamment pris des cours de chant pour améliorer son timbre de voix et le rendre plus profond. Le Blues est endiablé, accompagné d’un rock/électro sombre et puissant.

Depuis ce second album, Black Strobe est resté dans l’ombre.

La techno et les musiques de films sont les priorités du compositeur. Cependant, les fans de Black Strobe espèrent en silence qu’un troisième projet voit le jour dans les temps à venir !

En même temps que Black Strobe, Arnaud Rebotini commence à jouer de plus en plus sa musique solo.

Son premier album, « Music Components » sort en octobre 2018 sur le label Citizen Records. Ce projet n’a été conçu qu’avec des machines analogiques ; vu que je n’y connais absolument rien, je ne vais pas vous faire une liste exhaustive de tous ces claviers et autres instruments électroniques, mais en gros, Arnaud n’utilise pas d’ordinateur. Il justifie ce retour aux méthodes traditionnelles par pure valeur sentimentale: « C’est comme le rapport que développe un violoniste avec son instrument« . C’est tout a fait louable, mais nous pouvons clairement ajouter que l’on sent un grand et noble travail de composition sur cette techno, à l’heure où les DJs dans les clubs, Mac et clefs USB sous les bras, sont légions. Cependant, il est important de préciser que Rebotini n’a pas fait ce choix musical par rébellion au système actuel: il n’a rien contre les ordinateurs.

Il aime profondément les vieilles machines et c’est pour cela en partie qu’il arrive à tirer ces sons et mélodies uniques.

Le second album sortira en 2011 et se nomme « Someone gave me religion« . Une perle rare. L’album sortira ce coup-ci sur le label d’Arnaud, Black Strobe Records.

L’année de grâce 2017 fut magnifique pour le cinéma français mais également pour Arnaud Rebotini. S’il est vrai que notre ami moustachu est un fer de lance de la techno française depuis de nombreuses lunes, il a clairement été révélé au grand public grâce à son travail sur la bande originale de 120 battements par minute. En effet, Le film de Robin Campillo a marqué les esprits des cinéphiles mais également des mélomanes grâce aux compositions de Rebotini.

A noter que c’est la seconde bande originale composée par Arnaud ; la première fut d’ailleurs pour le premier film de Robin Campillo : Eastern Boys en 2013.

Sur fond de house (qui est un style d’électro où on compte environ 120 battements par minutes) et de techno, le film montre le combat de Act-Up Paris, une association qui se bat pour prévenir des risques du Sida. Pour ce film, Arnaud utilise, des cordes et une flûte pour remplacer les voix gospel féminines traditionnelles de la house et du garage. Cela apporte au film un côté « Debussy » incroyable, une profondeur que peu de bandes originales transmettent.

La corrélation entre cette période grave des années 90 et la House Music est tout sauf aléatoire. En effet, c’est au début des années 90 que ce son apparaît progressivement et prend possession de la jeunesse occidentale. Dans le film la musique met en avant la lutte des activistes de Act-Up mais aussi leurs moments de calme et de fêtes entre leurs actions. Il y a un lien étrange entre la house music et le sida. Quand cette musique a explosé en France en 1987, la maladie est également arrivée en même temps dans les milieux gays et toxicomanes de l’hexagone.

Entre drame humain et révolution musicale, c’est un véritable ouragan culturel qui s’est abattu sur la jeunesse française avec d’un côté l’envie de vivre à fond mais également de survivre et combattre cette terrible maladie. Avec une mort certaine d’un côté et la renaissance de la musique électronique d’un autre, 120 battements par minutes et sa bande originale mettent parfaitement en images et en musique cette dualité entre mort et vie. Un chef d’oeuvre de musique et de cinéma.

Le film a été un succès critique et public. Lors de la 43ème cérémonie des Césars, le long métrage de Campillo a remporté plusieurs statuettes, dont celles de meilleur filmmeilleur acteur dans un second rôle pour Antoine Reinartz, meilleur espoir masculin pour Nahuel Pérez Biscayart et bien évidemment pour terminer, le César de la Meilleure musique originale pour Arnaud Rebotini. Le film est bouleversant, si vous ne l’avez pas vu, n’attendez plus et allez immédiatement le voir de la manière la plus légale possible. L’histoire entre Rebotini et le cinéma ne s’arrête néanmoins pas à cette consécration ! En 2018, on a pu entendre à nouveau ses compositions pour le film Le vent tourne de Bettina Oberli et en 2019, on en entendra encore dans Curiosa de Lou Jeunet.

Aujourd’hui, Arnaud Rebotini aborde l’avenir avec plus de sérénité et surtout une grande expérience. Le projet qui lui tient le plus à cœur en ce moment est son prochain album, qui a pour ambition de « synthétiser un peu tout« . Cela prend du temps, car le colosse n’est jamais au repos. Malgré sa consécration pour 120 battements par minute, Arnaud ne s’est pas posé une seconde. Il tourne partout en France et dans le monde (il revient d’une tournée en Asie notamment) !

A l’instar de ses instruments, Arnaud Rebotini EST une machine!

Ce sera donc un honneur de le retrouver le 17 mars à l’Auditorium de Lyon, pour cette avant-première mondiale ! Nous avons hâte d’entendre sa musique dans des conditions sonores optimales. Si on connaît Rebotini pour ses sets techno endiablés, c’est avec une immense impatience qu’on veut découvrir son plus beau travail accompagné pour l’occasion d’un ensemble orchestral dans notre belle et douce ville de Lyon.


Vladimir Colovray

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