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On attend l’Empereur de la crasse avec impatience…

Le rap français est un milieu étrange et merveilleux. En perpétuel mouvement depuis la fin des années 90, il continue encore et toujours de fasciner les nouvelles générations autant qu’à angoisser les membres de « la famille pour tous » et Jean-Pierre Raffarin. Il semble qu’en 2018 (enfin), le rap français ait réussi à gagner ses lettres de noblesse : les rappeurs fragiles se comptent par dizaines, le Duc Booba est étudié à l’Académie Française et à Harvard, on connait tous une « go, qui connait pas charo ». Les quarantenaires lourdauds ne jurent que par des reliques d’MC Solaar, les puristes sectaires ne parlent que d’IAM ou de NTM et les jeunes chérubins en Stan Smith ont trouvés leurs nouveaux idoles avec Big Flo et Oli (pour les gentils), Damso (pour les méchants) ou JUL (pour les ovnis). Dans cet article, nous ne traiterons en aucun cas de tout cela. Nous allons maintenant nous pencher sur un cas exceptionnel, mais pas d’école : Alkpote. Mais par où commencer quand on s’intéresse à ce drôle de zèbre ? Ah oui, il sera en concert le 5 mai, que ça va être un torrent d’excès et que, nom d’une pipe, on a totalement hâte d’y aller !


Faisons un retour sur la carrière riche et longue du rappeur le plus barré de l’histoire de France. « L’empereur de la crasse » n’a pas toujours été Alkpote. En 1981, Atef Kahlaoui voit le jour à Paname. Après un parcours scolaire mouvementé, il laisse tomber sa formation en plomberie et décide de se consacrer totalement à la musique. Ce fils d’immigré tunisien entre dans l’univers du rap dès l’âge de 15 ans, en même temps que son déménagement à Evry. C’est à cette âge qu’Atef prend pour nom de scène Al K-Pote. Deux ans plus tard, il intègre le collectif Unité 2 feu, et sort son premier son « Comment leur dire » avec son pote Katana.

Avec le collectif Unité 2 feu, son premier projet Haine, misère et crasse sort et rencontre le succès et fait connaître le groupe en dehors de de l’Île-de-France. Alkpote finit par délaisser le groupe et se lance définitivement dans une carrière solo. Le Rap Game peut alors commencer à serrer les fesses !


Serge Gainsbeurre en a bavé. Pas vous?

En interview, le rappeur d’Ivry déclarera que son nom de scène n’est pas là uniquement pour le jeu de mot ou cacher son identité : il considère Alkpote comme « un personnage, une sorte de double qui voulait juste sortir de ma tête. Une sorte de Gainsbarre pour Gainsbourg si on veut » D’ailleurs, force et de constater qu’un des surnoms du rappeur est Serge Gainsbeurre…

Dés le début, Alkpote s’impose dans le paysage du rap avec son style unique : un flow multi-syllabique, un débit de paroles et une diction reconnaissable entre 1000, alors que l’ultra majorité des rappeurs des années 2000 se copiaient les uns les autres. Ses lyrics en ont fait un personnage très particulier dans le rap français : il est une passerelle entre la banlieue, avec tout ce qu’elle a de plus noir et la culture populaire française, son côté franchouillard, son auto-dérision naturelle et son humour gras ou recherché selon les situations.

 

Il rejoint le Label Néochrome en 2006, qui le produit toujours aujourd’hui. C’est une vrai histoire d’amour entre cette entité et l’empereur ! Avec son copain Seth Gueko « le Johnny du Rap français« , il va fortement contribuer au succès de Néochrome. En effet, bien que le label ait démarré en 1998, il faudra attendre l’explosion de ces deux fifous pour que le collectif décolle vraiment. Après avoir annoncé une retraite il y a quelques années, Alkpote revient finalement sur sa décision en 2015 et se remet au charbon.

Bien qu’il clame toujours haut et fort aujourd’hui que l’heure de la retraite approche, plus les années passent et plus l’empereur est productif. Alkpote c’est donc plus de vingt ans de carrière, fait de hauts et de bas. Il est l’une des influences majeures dans le milieu du rap hexagonale (il est une très grande source d’inspiration pour Vald par exemple) bien qu’il n’ait jamais vraiment touché le grand public contrairement à Booba, NTM, IAM par exemple. Alors nous pouvons nous poser légitimement la question : pourquoi Alkpote déchire autant et se voit relayé au second plan dans le Rap Game ?

Car oui, on en vient au plus important : avant d’être un rappeur talentueux, il est un personnage incroyablement drôle et attachant. Ne sachant jamais vraiment comment le prendre, l’auditeur va vite être perdu tout en s’amusant en écoutant Alkpote, que ce soit en interview ou en musique.

En interview, il expliquera que le côté drôle et décalé qu’il cultive est également handicapant ; effectivement, beaucoup de personnes ne s’intéressent plus à sa musique mais uniquement a son personnage. Ce mec est hors de contrôle, mais a un pur talent pour le son, voilà pourquoi on ne peut qu’aimer le rappeur d’Ivry quand on aime la musique. Si le rap peut prendre de temps en temps une tournure trop agressive, voir insultante pour certaines personnes, l’univers musical d’Alkpote va tourner à la rigolade, voir à la parodie de la musique pour la rendre vraiment drôle tout en étant de très bonne qualité.

Il le dit lui même : « j’ai passé plus de la moitié de ma vie dans cette merde (la musique). Quelle erreur j’ai fait… ». Entre ces propos homophobes, anti-sionistes, misogynes, violent, Alkapote nous fait pleurer de rire depuis bien longtemps : son simple regard sur la scène rap actuel vaudrait un article à elle toute seul : « J’adore young thug, mais je serai incapable de chanter comme lui, j’ai pas son talent j’ai pas son homosexualité. T’imagines toi ? J’ai passé la moitié de ma vie à rapper pour écouter des homo qui rappent, des jeunes bandits jupés « .

Le 28 avril, le troisième album d’Alkpote sortira; il se nomme Inferno. Il avait déjà commencé à teaser le projet en septembre dans Les Marches de l’empereur Vol.3, qui avait d’ailleurs mis tout le monde d’accord. Contrairement à ces mixtapes et à ces diverses collaborations, les albums de l’empereur présentent un regroupement de tracks ou l’intéressé pose seul dessus. On a hâte d’entendre les nouveaux titres ponctués par les célèbres mots de liaisons « pute », « suce » ou encore le fameux « sucepute ».

Pour l’occasion, Serge Gainsbeurre repart en guerre. Il passera en showcase dans la belle capitale des Gaules le 5 mai au Diskret. On va être là pour savourer les lyrics de cet ovni du Rap français ! Comme il le dit lui même, c’est « un bon français, un bon franchouillard » et à l’image de notre patrimoine national, le vin, il s’améliore avec l’âge. À 37 ans, il n’a jamais été aussi productif et sa musique n’a jamais été aussi cool !

On attend l’Empereur de la Crasse avec impatience

 


Vladimir Colovray

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